Vialatte, le divers

“Les grandes villes sont Londres, Tokyo, Chandernagor et Clermont-Ferrand ” écrit Vialatte dans les Chroniques des grands mic-macs. Comment la Municipalité clermontoise pourrait-elle rester insensible à un tel éloge, fût-il teinté d’humour ? En retour, il est juste de louer un écrivain qui ne cesse de gagner des lecteurs à la cause de la lucidité et du sourire. C’est pourquoi la Bibliothèque Municipale et Inter-Universitaire a été chargée d’organiser une exposition permettant de mesurer la diversité et l’importance, tant qualitative que quantitative, de l’œuvre de Vialatte.

Notre ville, comme d’ailleurs toute l’Auvergne, a compté dans la vie de l’auteur. Il y fut étudiant à la faculté des Lettres, il s’y maria et vécut pendant près de quatre ans, rue Thomas, avant d’aller vivre définitivement à Paris. Il aimait revenir à Clermont, chez Louis Vialatte son cousin germain, mais aussi au gour de Tazenat (pour se baigner), au puy de Dôme (pour le Prix des Volcans) et à Ambert (pour ses souvenirs et pour
les Pourrat). Surtout Vialatte assura, de décembre 1952 à avril 1971, une savoureuse chronique hebdomadaire au quotidien La Montagne. De ce fait, il est heureux que ce journal soit le partenaire privilégié de la présente célébration.

Grâce au personnel de la Bibliothèque, grâce aux prêts de documents précieux, grâce enfin au concours des “Amis de Vialatte” — universitaires ou simplement lecteurs passionnés — l’exposition propose un parcours surprenant où le grave côtoie le plaisant. La scénographie originale tire parti des contraintes locales et enchaîne différents thèmes : le goût des images (publicitaires ou purement artistiques), la passion des jardins et des dictionnaires, la province, la guerre, le domaine germanique et les traductions…

Le cheminement aboutit à la vraie patrie, l’écriture. Vialatte a beaucoup écrit, des poèmes d’abord puis des chroniques, des romans, des traductions et des milliers de lettres. Chacun de ces domaines trouve sa place dans les vitrines, sur les murs ou dans les rayons de la Bibliothèque Massillon.

Le retentissement de l’œuvre de Vialatte dépasse les frontières de l’Auvergne et même de la France. Le visiteur rencontre sur son parcours des écrivains et des artistes d’ici et d’ailleurs. Célébrer Vialatte c’est donc aborder le monde par plusieurs rives, c’est subitement affronter le désert, regarder les reflets d’un fleuve ou d’une vitrine, s’interroger sur la bêtise, la futilité et la grandeur humaines. “Quoi de neuf ?” “Vialatte !”, assurément, qui allie l’humour et la tendresse d’un “professeur de miracles” refusant de se prendre au sérieux.

Le foisonnement de l’exposition et les articles de ce catalogue prouvent que Vialatte gagne à être mieux connu... Comme aurait dit son ami Jean Paulhan, “il y gagne, en mystère”.

Serge Godard,
Maire de Clermont-Ferrand.


En souvenir d'une boîte à chaussures

J’avais treize ans et je croyais déjà à la littérature. L’illumination m’était venue à la lecture du quotidien La Montagne. Certes, ses pages ne m’attiraient encore que relativement peu — à cet âge ! — à détailler les arcanes subtiles de la société clermontoise et de sa banlieue, à décortiquer les prestations des gaillards de l’AS Montferrand, du Stade Aurillacois ou du CA Brive, en championnat de France de rugby à quinze, ou à analyser l’agonie de l’Empire français et les affres de la décolonisation.

Non. La foi était due à la chronique, rituellement programmée par le quotidien tous les mardis matin puis les dimanches, d’un homme, d’un écrivain, qui savait sublimer la quintessence imaginaire de la vie, aux yeux éblouis d’un adolescent et qui, toujours, choisissait les mots et ciselait des images sur lesquelles il faisait bon s’envoler, encore enfant.

Je découpais, d’un coup de ciseaux soigneux, je classais, avec méthode, dans une boîte à chaussures bleue, je pliais en deux, très précautionneux, puis je relisais, avec gourmandise, ces tranches de rêve hebdomadaires qu’Alexandre Vialatte publiait dans le journal La Montagne, exaltant après lui la grandeur consécutive d’Allah. Est-ce de ces temps, aujourd’hui bien révolus, de cette époque au fumet d’un autre siècle, que date ma passion
pour la force de l’écrit, pour la puissance de la littérature, pour la prégnance du journalisme et, finalement, pour ce journal qui m’apportait tout cela avec régularité ?

Je conserve, en tout cas, une émotion intense à m’être ainsi frotté à cette découverte progressive du monde, de ses fulgurances, de ses espoirs et de sa désespérance souterraine, à travers ce qu’un quotidien et un écrivain trop discret m’auront, ensemble, offert, à l’heure où s’échafaude et se structure, au profond de chacun, la forme encore mal dégrossie de l’adulte que nous serons demain ?

Jamais nous ne laisserons dire que treize ans est le plus bel âge de la vie. Pourtant, Vialatte, Nizan, Blondin, et quelques autres encore, auront préparé pour nous des confitures et des goûters littéraires somptueux, qui surpassaient sans peine ceux que nous accordaient les jeux trop attendus de nos âges…

Aujourd’hui, il convient de s’associer à l’hommage rendu à ce manipulateur d’images, à ce constructeur méticuleux d’univers irisés, à cet enchanteur désenchanté. Cette célébration prouve la véritable place d’un écrivain qui s’est installé, dans un siècle embrasé, parmi les importants de son temps, en bonne partie grâce à une simple chronique hebdomadaire publiée dans le journal de sa province.

Jean-Pierre Caillard,
Président-directeur général
de La Montagne-Centre France.


Merci

Exposition réalisée par le Département Patrimoine de la Bibliothèque communautaire et interuniversitaire de Clermont-Ferrand.
Réalisation du catalogue, études et illustrations réunies par Mathieu Lescuyer et Christian Moncelet.

Initiateur du projet :
Serge Godard

Soutien au projet :
Michel Renaud
Les Adjoints
et Conseillers Municipaux
Raymond Bérard
Olivier Bianchi
Marie-Thérèse Jarrige
Livia Rapatel
François Robert

Commissaire de l’exposition :
Christian Moncelet

Coordination générale :
Dominique Frasson-Cochet
Mathieu Lescuyer

Partenariat avec La Montagne :
Jean-Pierre Caillard
Gilles Crémillieux
Jean-Loup Manoussi

Scénographie :
Rémi Bourdier

Rédacteurs des articles du catalogue :
François Béal
André Desthomas
Dany Hadjadj
Delphine Hautois
Marianne Jakobi
Christian Moncelet
Marie-Hélène Raynaud
Alain Schaffner
Pascal Sigoda

Recherches documentaires
pour l’exposition :

François Béal
Colette Charlat
André Desthomas
Elisabeth Dravet
Nicole Faure
Dominique Frasson-Cochet
Jean-Michel Guittard
Dany Hadjadj
Delphine Hautois
Marianne Jakobi
Guy Labonne
Annette Lauras
Mathieu Lescuyer
Christian Moncelet
Éric Panthou
Claire et Claude Pourrat
Marie-Hélène Raynaud
Alain Schaffner
Pascal Sigoda

Photographies des pièces exposées :
Jean-Michel Gueugnot

Secrétariat :
Josiane Guitton

Communication, actions associées :
Christine Bigot
Sylvie Martin
Monique Leguet

Animations dans les médiathèques :
Jérôme Baylac-Domengetroy
Nathalie Daguillon
Nicole Fleurat
Frédéric Manuch
Claudine Philippon

Aménagements
et réalisations techniques :

Atelier Artifice :
  Alain Picheret
  Christiane Delaire
  Cyril Dupuis
  Vincent Chassaing
Atelier M2M :
  Guy Durand
  Fabrice Coudert

Electricité :
Henri Dutheil

Enseigne-néon :
Fleury

Conférences associées :
Brigitte Fray-Lepoittevin

Coordination en milieu scolaire :
Dominique Aimard.

Prêteurs :
Emmanuel Bellocq
Rémi Bourdier
Jean-Pierre Cagnat
Élisabeth Dravet
Nicole Faure
Claude-Henri Fournerie
FRAC d’Auvergne
Nicolas Galaud
Dany Hadjadj
Philippe Kaeppelin
Annette Lauras
Jeanne Loiseau
La Marmotte Auvergnate
Didier Marty
Christian Moncelet
Municipalité de Viverols
Musée de l’École Rurale
de Messeix-Bogros
Musée de Murol
Danielle Poinson
Claude et Claire Pourrat
Marie-Hélène Raynaud
Olivier Sigoda
Pascal Sigoda
Élisabeth Vialatte
François Vialatte
Pierre Vialatte
Thérèse Vialatte
Michel Wasielewski
Denis Wetterwald
Lionel Zwenger.


Sur le pont

Sur le pont du sort. Une exposition y est donnée…

L’issue, longuement attendue, est heureuse, contrairement à la chanson populaire : tel est le sort des amoureux obstinés d’une œuvre délicate et drôle, profonde et aérienne. La seule passion de la littérature anime tous ceux qui ont fédéré leurs efforts autour de la Bibliothèque municipale inter-universitaire pour présenter Alexandre Vialatte et, à travers lui, plusieurs artistes attachés à notre région. L’exposition concrétise une politique volontariste d'acquisition et de valorisation du patrimoine littéraire auvergnat, sans négliger les images qui se marient avec les mots.

L’action concertée de la Bibliothèque municipale inter-universitaire et de l’association des Amis d’Alexandre Vialatte, le partenariat avec La Montagne, le compagnonnage avec l’éditeur Au Signe de la Licorne, la participation du FRAC ont permis cette célébration exigeante qui, de plus, ne serait pas ce qu’elle est sans l’aide si généreuse et le soutien constant de Pierre Vialatte, fils de l’écrivain.

Sur le pont, imaginé par le scénographe Rémi Bourdier, on y passe, on y danse, on y pense, tant il est vrai que chez Vialatte la réflexion va de pair avec la pirouette ou avec le lyrisme.

De l’encre coule sous ce pont, de l’encre noire ou colorée, comme est la vie, toujours surprenante, en ses méandres, ses cascades, ses étiages et ses débordements.

Quant au présent catalogue, il est dû au talent du graphiste Xavier Zwiller et de son atelier Vice Versa qui a su pérenniser sans le figer le foisonnement de l’exposition.

Cette exposition est dédiée à trois personnalités décédées pendant sa préparation :
André Desthomas et Jean-Loup Manoussi, anciens rédacteurs en chef de La Montagne, et l’illustrateur Jacques Poinson. Vialatte était l’intercesseur
de notre amitié.
Qu’il le soit pour de nouveaux et nombreux lecteurs !

Mathieu Lescuyer, Directeur du département du Patrimoine
Chistian Moncelet, Commissaire de l'exposition
Livia Rapatel, Directrice de la BCIU



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